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Tuesday, 9 april 2013 | Valeurs Actuelles

Français

Sur « Barcelone entre séduction et sécession » (Valeurs actuelles)

Madame,

Nous avons lu avec énormément de surprise l’article de Philippe Nourry consacré à la participation de Barcelone invitée du salon du Livre de Paris, publié par votre magazine sous le titre « Barcelone entre séduction et sécession ». Plus particulièrement, lire que la langue catalane est trop locale pour être utilisée en littérature et qu’il nous faut en utiliser une autre – l’espagnol, on doit supposer – nous a laissés a proprement parler ébahis.

Contrairement à monsieur Nourry, nous sommes persuadés que les langues et les cultures du monde sont complémentaires, non exclusives. D’ailleurs, pour la simple raison que nous le faisons depuis plus de huit cents ans, nous savons qu’il est possible d’écrire –et vivre- en catalan, tout comme on peut écrire et vivre en espagnol, en tibétain ou en anglais. C’est précisément dans cette immense mosaïque que réside la richesse culturelle humaine. Prétendre cataloguer les cultures de notre planète comme étant utiles ou inutiles, bonnes ou mauvaises, est un positionnement qui devrait être dépassé au XXIe siècle. Est-ce que M. Nourry pense qu’il faut en interdire quelqu’une ? Il faut, plus aimablement, la faire mourir d’inanition ?

Il est évident que prétendre enfermer la littérature dans le cercle des langues les plus parlées réduirait énormément la diversité de la culture en général. Plaider l’exclusion de certaines cultures pourrait aboutir à une désertisation linguistique extrêmement vaste ; on pourrait en arriver à proposer que le français et l’espagnol, par exemple, s’effacent devant l’anglais et le chinois, comme c’est déjà le cas dans plusieurs domaines. Dans ce sens, nous comprenons parfaitement l’attitude des auteurs hispaniques et francophones qui, malgré les signes de la globalisation, persistent à utiliser leurs langues maternelles pour écrire et s’exprimer.

Nous savons que Philippe Nourry a vécu longtemps à Madrid et que Esperanza Aguirre, alors présidente de la Communauté de Madrid, lui a décerné des distinctions. Nous savons qu’il a aussi des liens affectifs étroits avec la capitale de l’Espagne, comme le démontre la publication de son émouvant ouvrage « Le roman de Madrid ». Toutefois, rien ne justifie a priori que cette affection personnelle se traduise par un rejet de la culture catalane.

Monsieur Nourry est choqué par la transformation de Barcelone, qu’il avait visité pour la première fois du temps du franquisme, en ville « moins espagnole et beaucoup plus catalane ». Il se demande comment une telle chose a été possible. Mais, la culture catalane étant la culture de la Catalogne, n’est-il pas normal que Barcelone, dès la mort du dictateur, une fois retrouvée la liberté d’expression ait affirmé sa culture véritable?

Pour M. Nourry, si Barcelone est devenue catalane, elle est devenue du même coup plus provinciale. Le postulat est assez dangereux. Combien de parlants faut-il à une langue pour ne pas être provinciale ? Dix millions ? Cent millions ? Un milliard ? Sont-elles provinciales les cultures danoise, suédoise, finlandaise, norvégienne, ou encore la culture québécoise ? Si la culture catalane est provinciale par rapport à la culture espagnole, cela veut-il dire que la culture française est provinciale par rapport à la culture anglophone ? Est-ce que par hasard ne seraient uniquement que les langues non portées par un État ? Est-ce que le polonais, le hongrois étaient des langues provinciales jusqu’à l’indépendance de ces territoires ? Est-ce que le français est provincial au Québec, en Belgique ou en Suisse ? Philippe Nourry cite la Belgique en disant que la culture catalane ne lui ait pas comparable (en importance, s’entend). Pourtant, nous comprenons qu’il réclame une présence pleinement reconnue de la langue française en Belgique bien qu’elle y soit minoritaire.

Nous osons espérer que Philippe Nourry n’exprime qu’une fine ironie en affirmant que le catalan est une langue d’imposition en Catalogne. Il n’y a guère de temps, le catalan était la seule langue du territoire ; l’espagnol y fut imposé à feu et à sang et M. Nourry le sait parfaitement bien, lui qui cite dans son article la défaite sanglante de 1714 face aux troupes franco-espagnoles. Peut-on manipuler les esprits au point d’accuser un territoire d’imposer sa propre langue ? Est-ce que Philippe Nourry pourrait expliquer une telle équation ?

Il est vrai que Philippe Nourry connaît la culture catalane. Il la loue en citant Raymond Lulle ou le chef d’œuvre européen médiévale Tirant lo Blanc (1425) ; mais c’est tout de même dommage qu’il cite l’ouvrage pour ce qu’en dit le « Don Quichotte » et non en raison de ses valeurs intrinsèques. Il est évident que M. Nourry ne juge pas la culture catalane par elle- même, mais en fonction de ce qu’il a connu à Madrid.

Dans son article, Philippe Nourry raconte que l’écrivain Albert Sánchez Piñol, au moment d’aborder l’écriture de son dernier roman Victus, a dû abandonner la « langue locale » et adopter l’espagnol pour pouvoir faire face à l’importance de l’ouvrage. Albert Sánchez Piñol ne s’est jamais exprimé de la sorte et, d’ailleurs, il serait hasardeux de prétendre que les précédents romans du même auteur seraient inférieurs en envergure et qualité. Par exemple, son premier grand succès international « La Peau froide » a été traduit en une trentaine de langues ; qui plus est, il est en cours d’adaptation à Hollywood où sera tourné le film de même nom. C’est pas mal pour un ouvrage écrit en langue « locale ». Sans doute à Hollywood le catalan y est plus ou moins aussi “local” que l’espagnol ou le français.

Une fois de plus, on ne comprend pas l’équation de M. Nourry. Lulle et le Tirant oui, Sánchez Piñol non. La langue catalane est bonne pour le Moyen Age et pas pour l’actuallité?

Quelle serait la mesure avec laquelle il convient de mesurer le localisme d’après Philippe Nourry ? Picasso peignant des toros était-il localiste ? L’était-il Delacroix lorsqu’il peignait Marianne ? Faut-il peindre une bouteille de Coca-cola ou un astronaute pour ne pas être provincial ?

Pour Philippe Nourry, vivre ou écrire en catalan c’est être local, provincial, indépendemment du contenu, sans autre qualificatif. Ainsi, la culture catalane doit s’auto-immoler sur l’autel espagnol. Elle ne peut agir, penser par elle-même. Que lui faut-il pour qu’elle puisse le faire ? Il dit aussi que la Catalogne est « au bord de la revendication séparatiste”. Sur ce point, l’information n’est pas complète car la Catalogne n’est pas au bord de la revendication séparatiste, mais en pleine transition nationale – naturellement pacifique et démocratique – vers un État libre avec, à la tête de ce processus, le gouvernement Catalan, suivi par une écrasante majorité du Parlement et par la société civile qui le soutien clairement et activement.

Il est plus que probable que si ce processus débouche sur la création de l’État catalan, un nouvel État en Europe, la langue catalane cessera d’être langue « locale » puisqu’elle deviendra langue nationale. Ainsi, ses écrivains pourront écrire sans opprobe dans leur langue maternelle. En effet, nous n’avons encore jamais entendu quelqu’un affirmer que le polonais, le finlandais ou le grec soient des langues inutiles qu’il faut abandonner.

Nous invitons chaleureusement Philippe Nourry à visiter la Catalogne et nous lui montrerons une société plurielle et ouverte, capable de se projeter sur le monde telle qu’elle est grâce à sa culture ancienne et bien enracinée. Aussi locale et aussi universelle que toutes les autres.

Ces obsevations vous sont adressées par le Col·lectiu Emma, une association de la société civile dont le but est de faire connaître la Catalogne telle qu’elle est et telle qu’elle se sent, débarrassée du filtre de certains groups ou média intéressés ou hostiles.

Cordialement vôtre,

Eugeni Casanova

Col·lectiu Emma


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