Col·lectiu Emma - Explaining Catalonia

Monday, 23 september 2013

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Sur la Catalogne : quelques précisions

Roser Cussó
17-09-2013

A : http://www.lemonde.fr/idees/contribuer.html

Nous avons lu avec intérêt, dans votre édition du 12 septembre dernier, deux articles de Sandrine Morel, “Une chaîne humaine de 400 km pour une Catalogne indépendante” et “L’indépendantisme gagne du terrain en Catalogne”, consacrés à la Via Catalana qui s’est déroulée en Catalogne le 11 septembre. Vu les multiples facettes du sujet, nous voudrions apporter quelques éclaircissements et des informations complémentaires, notamment en lien avec le premier article.

Sandrine Morel signale que le mouvement social pour l’indépendance pourrait s’essouffler “surtout si la reprise économique se confirme”. Ancien, ce mouvement n’est pas basé sur la crise économique, mais il s’est accéléré en 2005, suite au rejet par les Cortès espagnoles du document cadre de réorganisation de l’autonomie catalane, inchangé depuis vingt-cinq ans. Socialistes et droite populaire sont tombés d’accord pour amputer l’Estatut qui avait été approuvé par le Parlement catalan. De longue date, les questions culturelles et linguistiques ont été cruciales dans le processus d’indépendance, comme évoqué dans l’article “L’indépendantisme gagne du terrain en Catalogne” (sentence rendue par le tribunal constitutionnel contre l’enseignement en catalan en 2010, par exemple).

Il est également important de préciser que l’organisation financière des autonomies n’est pas fondée sur un système de “solidarité” comme cité dans l’article. La solidarité intervient quand il y a transfert des revenus les plus élevés vers les revenus les plus modestes par le biais de l’État ou autre, cherchant un résultat égalitaire aussi bien territorialement que socialement. Ce principe ne régit pas l’État espagnol. Dans certaines CA (communautés autonomes), les entrepreneurs, ouvriers, chômeurs, etc. paient plus d’impôts directes et/ou indirectes que l’ensemble de citoyens dans d'autres CA, parce que les exigences de Madrid sont nettement plus importantes. Voici un exemple simplifié : une famille avec des enfants scolarisés a plus de dépenses ¬– et souvent moins de subventions – en Catalogne que dans d’autres CA, elle paie les autoroutes, elle n’a pas de ligne de train rapide Barcelone-Valence, la santé y est plus chère… Le problème n’est donc pas de redistribution des revenus entre individus avec un arbitre neutre (Madrid), mais d’appropriation des ressources collectives catalanes, distribuées de manière arbitraire, produisant de l’inégalité sociale et une inefficacité économique chronique.

Sandrine Morel note également que le parti majoritaire au Parlement catalan, Convergence démocratique de Catalogne (CDC), a perdu onze sièges aux élections du 25 novembre 2012. En fait, la coalition CiU (Convergence et Union), malgré douze députés en moins, n’a perdu que 87 000 voix par rapport aux élections précédentes (-7%). C’est l’augmentation du nombre global de votants (+9%) qui provoque la perte de sièges. Beaucoup d’électeurs ont choisi la gauche indépendantiste : ERC (Gauche républicaine de (Catalogne) et CUP (Candidature d’Unité populaire) qui ont renforcé le mouvement avec 625 000 voix.

En ce qui concerne les exportations catalanes, elles partent en majorité vers l’extérieur de l’Espagne (54,3% ) et non vers le marché espagnol comme indiqué dans l’article. Selon la distribution en pourcentage des exportations hors l’État espagnol, la France est le premier client de la Catalogne (17,20%), suivie par l’Allemagne (11,50%), l’Italie (8,10%)… Cette ouverture internationale est en augmentation constante depuis 2005.

Un point intéressant du papier de S. Morel est la mise en avant des grandes entreprises catalanes qui se sont manifestées contre l’indépendance de la Catalogne. Dommage qu’elle n’en cite pas les noms. Il s’agit de quelques entreprises de familles franquistes ou contrôlées anciennement par le régime. Par exemple, le Groupe Planeta dont la naissance et le développement ont bénéficié de la protection du régime de Franco. Alors que le clientélisme à l’égard de Madrid a continué après la mort du dictateur, les investissements étrangers en Catalogne sont en augmentation et le tissu entrepreneurial s’est fortement diversifié, garantissant l’ouverture politique .

Enfin, Sandrine Morel parle du supposé double jeu du président catalan Artur Mas, qui mêlerait un discours exalté pour l’indépendance et une sorte d’intrigue visant un referendum posant non pas une mais plusieurs questions, alors que dans toutes les manifestations la demande unanime des participants est de pouvoir répondre par oui ou par non à une seule question sur la sécession. Mais elle oublie de signaler que le président Artur Mas ne gouverne pas. Alors, avec qui pourrait-il organiser cette consultation? S’en remettrait-il politiquement?

Nous vous remercions d’avance de l’intérêt que vous portez à ces évènements. Si vous souhaitez de plus amples informations ou des références différentes et complémentaires, nous vous invitons à consulter le site: http://www.collectiuemma.cat/. Vous pouvez aussi nous contacter directement à l’adresse électronique suivante: rosercusso@hotmail.com.

Roser Cussó
Maître de conférences-HDR
Université Paris 8
Chercheur associée à l’EHESS
http://www2.univ-paris8.fr/sociologie/?page_id=105

[1] Page 15 dans http://www.acc10.cat/ACC1O/cat/docs/premsa/2013/Balanc_internacional_economia_catalana_2012.pdf
http://www.bienpublic.com/actualite/2012/11/26/la-catalogne-en-chiffres
[2] Cercle català de negocis:  http://www.ccncat.cat/en/node/1

REFERENCES
Une chaîne humaine de 400 km pour une Catalogne indépendante 1
1-09-2013

Quand ils ont su qu'il manquait du monde dans la région du delta de l'Ebre pour compléter la chaîne humaine qui devait, mercredi 11 septembre, traverser du nord au sud toute la Catalogne, ils n'ont pas hésité un instant. Pour que la " Via catalana ", la Voie catalane vers l'indépendance, soit un succès et qu'aucun maillon du parcours, long de 400 km, ne manque, des centaines de Catalans ont posé des jours de congé et pris leur voiture pour faire 100, 200, parfois 300 km vers la pointe sud de la Catalogne.
" Pour accélérer le processus de sécession, il est fondamental que le mondeentier comprenne et voie que la Catalogne souhaite être indépendante ", note Xavi Puig, un Catalan de 38 ans qui a fait 275 km avec sa femme enceinte de 7 mois et son fils de 4 ans depuis Torello, au nord, pour se rendre à Alcanar, la dernière ville du sud avant la Communauté valencienne.
La manifestation organisée pour la Diada, la fête de la Catalogne, se veut une nouvelle démonstration de force des indépendantistes, après celle de 2012 qui avait rassemblé près d'un million de personnes à Barcelone. L'Assemblée nationale catalane (ANC), puissante association en faveur de l'indépendance, a cette fois décidé de prendre exemple sur la " voie balte ", une grande chaîne humaine de 600 km qui avait rassemblé près de 2 millions d'Estoniens, de Lettons et de Lituaniens réclamant leur séparation de l'URSS en août 1989. " Nous espérons que le résultat sera aussi positif pour nous ", affirme Jaume Marfany, vice-président de l'ANC, qui ne craint pas de comparer le joug soviétique au système espagnol décentralisé.
Forts de l'expérience de 2012, qui avait conduit Artur Mas à convoquer des élections anticipées et à annoncer un référendum d'autodétermination en 2014, les indépendantistes sont convaincus qu'en sortant massivement dans la rue, ils vaincront les dernières réticences du président du gouvernement catalan. " Nous avons appris l'an dernier que quand on veut, on peut : les politiques nous écoutent et agissent en conséquence ", résume Cristina Gutierrez, une militante. Si le gouvernement central s'oppose à donner un cadre légal à la consultation de 2014, M. Mas a prévenu qu'il convoquerait en 2016 des élections régionales à valeur de plébiscite sur la sécession. " Trop tard ", répondent les indépendantistes. " La Catalogne ne peut tenir davantage, elle est arrivée à une limite, économiquement ", insiste M. Marfany, reprenant l'argument selon lequel l'Espagne pille les ressources de la Catalogne.
Mais le risque est surtout de voir le mouvement s'essouffler. Surtout si la reprise économique se confirme. Comme en convient le député de la Gauche républicaine indépendantiste catalane (ERC) Alfred Bosch, " la crise n'est pas le moteur de l'indépendantisme, mais il en est un puissant carburant ". Selon le Centre d'étude d'opinion catalan, 47 % des Catalans sont favorables à l'indépendance, contre moins de 25 % il y a trois ans.
Artur Mas affaibli
C'est sur cette vague que surfe M. Mas. Au risque d'être emporté. En un an, son parti, Convergence démocratique de Catalogne, a perdu onze sièges au Parlement, et a dû nouer un pacte avec ERC, qui apparaît aujourd'hui favori dans certains sondages. Il a perdu le soutien des grandes entreprises, qui lui ont dit tout le mal qu'elles pensent de l'indépendance, alors que la moitié des exportations catalanes ont pour destination le reste de l'Espagne. " Je n'ai pas confiance en Artur Mas, assure ainsi Joan Hernandez, 48 ans, venu de Vilafranca del Penedès. Il appartient à la bourgeoisie de droite et si Madrid fait des concessions sur le plan économique, il abandonnera l'indépendance.
" Après avoir envoyé une lettre en juillet à Mariano Rajoy, proposant cinq scénarios pour organiser un référendum en 2014, Artur Mas s'est réuni en secret avec le chef du gouvernement espagnol fin août. En coulisse, les négociations ont débuté. La Catalogne a déjà obtenu que Madrid fixe un objectif de déficit public asymétrique selon les régions, qui lui a bénéficié. Le gouvernement central doit rénover le système de financement des autonomies en 2014 et pourrait lui offrir de payer moins pour la solidarité avec les autres régions.
M. Mas pourrait alors transformer le référendum sur l'indépendance en une simple consultation populaire à choix multiple sur les différentes formes d'Etat possibles. Mais en public, il maintient un discours exalté, allant jusqu'à comparer la lutte pour l'indépendance avec celle de Martin Luther King pour les droits des Afro-Américains. Des propos qui plaisent. Carlos Bernet, employé dans le secteur électrique, et Andreu Roig, dans la construction, deux des 30 000 volontaires que compte l'ANC, soulignent qu'" au début, cela a été difficile de mobiliser les gens, mais ces derniers jours, notre bureau est toujours plein : ils ont compris que mercredi est un grand jour dans notre histoire ".

Sandrine Morel
© 2013 SA Le Monde. Tous droits réservés.
Numéro de document : news•20130912•LM•0Q1209_838175


L’indépendantisme gagne du terrain en Catalogne
http://espagne.blog.lemonde.fr/2013/09/11/lindependantisme-gagne-du-terrain-en-catalogne/

A 17 h 14 précises, en référence à la date du 11 septembre 1714, lorsque Barcelone est tombée sous les assauts des troupes de Philippe V d’Espagne, des centaines de milliers de Catalans se sont donné la main pour former une chaîne humaine longue de 400 km, traversant 86 municipalités ce mercredi, jour de la fête de la Catalogne, la Diada. Cette action symbolique, baptisée la Voie catalane vers l’indépendance, témoigne de la force du mouvement indépendantiste en Catalogne. Son objectif est de faire pression sur les dirigeants politiques afin que soit organisé un référendum d’autodétermination en 2014, comme s’y est engagé l’actuel chef du gouvernement catalan, le nationaliste de droite Artur Mas.

Selon un sondage MyWord pour la radio Cadena Ser publié ce matin, 52 % des Catalans voteraient en faveur de l’indépendance si un référendum devait être organisé, ce à quoi s’oppose Madrid. Seuls 24 % voteraient contre.

Ambiance festive sur la route de la Voie catalane à son passage dans le delta de l'Ebre, où les organisateurs de la marche avaient demandé du renfort pour couvrir tout le tronçon. (Photo S.M./Le Monde.fr) Ces trois dernières années, la lutte pour l’indépendance a gagné de nombreux adeptes en Catalogne. Les raisons sont multiples. La résolution du Tribunal constitutionnel, qui en 2010 a censuré plusieurs articles phares du nouveau statut d’autonomie catalan, qu’avait ratifié la région du nord-est de l’Espagne en 2006, a exacerbé le sentiment de ne pas être compris, voire d’être méprisé par Madrid. La crise économique, associée aux nombreux discours des nationalistes nourrissant l’idée que l’Espagne pille les richesses de la Catalogne, a accentué l’idée qu’indépendante la Catalogne irait mieux, et convaincu de nombreux Catalans jusque-là réticent à l’idée d’une séparation du reste du pays. Et les propos polémiques du ministre de l'éducation exprimant son souhait d'"espagnoliser les jeunes Catalans" ont jeté de l'huile sur le feu.

Pour que cette nouvelle réalité soit entendue en Catalogne, à Madrid et dans le reste du monde, les indépendantistes se sont mobilisés en masse. Près de 1,6 million de personnes de tous âges et de toutes conditions sociales, selon les chiffres du gouvernement catalan, ont fait de la Voie catalane un succès semblable à celui de la manifestation de l’an dernier, quand plus de 1 million de personnes s’étaient rassemblées à Barcelone. Des milliers d’entre elles se sont notamment déplacées à l’extrême sud de la région, dans le détroit de l’Ebre, faiblement peuplé, où des tronçons risquaient de ne pas être couverts.

Certains ont souhaité expliquer pourquoi ils désirent l’indépendance.

Antonia Segura, commerciale, 48 ans, Palamos

"Nous sommes fatigués que tant d’argent sorte de nos caisses et ne nous revienne pas, que l’on nous traite mal, que nos infrastructures soient défaillantes."

Miguel Ferré, 40 ans, jardinier, Amposta

"Je veux ce qu’il y a de mieux pour mon fils, et cela passe par l’indépendance. Economiquement, appartenir à l’Espagne n’est pas rentable."

De gauche à droite, Roger, Esther, Natalia et Carles. Roger Torras, 35 ans, producteur audiovisuel, Barcelone

"Si dans vingt ans, nous voulons que la Catalogne puisse avoir maintenu son niveau économique et sa qualité de vie, nous ne pouvons pas laisser l’Espagne nous tirer vers le bas."

Esther Esteban, 30 ans, responsable marketing dans une entreprise pharmaceutique, Barcelone.

"Cette manifestation n’est pas une démonstration de colère ou de rancœur. Elle ne parle que de notre futur, celui que nous voulons, car il est clair que le modèle politique actuel ne fonctionne pas."

Natalia Maragall, 45 ans, créatrice de mode, Barcelone

"Mon aïeul le poète Joan Maragall, fédéraliste, disait à ses amis il y a déjà un siècle de simplement respecter son sentiment catalan, son identité. C’est ce que nous demandons."

Carles Diosca, 38 ans, traducteur, Barcelone

"L’Espagne des autonomies créée après la mort de Franco pour mettre en marche la démocratie est dépassée. Aujourd’hui, la démocratie, c’est nous laisser organiser un référendum, ce que désirent 80 % des Catalans. Si je défends l’indépendance, c’est parce que je pense que l’Espagne et la Catalogne sont deux nations qui doivent être égales, et non que l’une soit subordonnée à l’autre."

De gauche à droite, Joan, Mercè, Denise et Jaume. Jaume Romero, 49 ans, chef d’une entreprise d’infographie, Barcelone

"Je ne me sens pas à l’aise dans la situation actuelle. Nous sommes différents, nous ne nous entendons pas et nous ne nous aimons pas. C’est historique. C’est comme un mariage qui ne fonctionne pas. Je demande le divorce…"

Mercè Amado, 53 ans, économiste, Barcelone

"Je me sens catalane, et, dans l’Etat espagnol, ce n’est pas facile. Tout n’est qu’interdiction. Nous sommes maltraités économiquement et culturellement. Nous n’avons pas les infrastructures dont nous avons besoin et nous avons un déficit fiscal considérable. Nous avons tenu longtemps, mais le moment de dire stop est arrivé."

Denise Fontanales, 58 ans, microbiologiste, Sabadell

"J’attends de ceux qui nous gouvernent qu’ils comprennent nos sentiments, notre langue, notre identité. Je souhaite aussi qu’ils soient capables de générer de l’emploi. Or, tout ce qui est produit est absorbé par Madrid, ce qui diminue notre potentiel économique."

Joan Gregori, 60 ans, retraité, Sabadell "Nous voulons partir. Où est le problème ? Nous voulons simplement vivre notre vie comme on l’entend."

Sandrine Morel


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