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Wednesday, 25 september 2013 | ARA

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Hors de l'euro? Impossible (ARA)

Miquel Puig

Quotidien ARA , 21/09/2013

Les déclarations de Joaquín Almunia affirmant qu’une Catalogne indépendante aurait à négocier son adhésion à l’Union européenne (UE), ont remis sur la table une question sensible qu’il convient de clarifier. De mon point de vue, un grand nombre d’analyses publiées sur l’appartenance à l’UE du nouvel État et sur sa continuité dans l’euro partent d’une erreur fondamentale, à savoir que la Catalogne prendrait les décisions librement. Hier encore, le quotidien El País mettait en question la viabilité d’une Catalogne utilisant l’euro sans être membre de l’UE, sur la base de ce fondement erroné.

Les affirmations de J. Almunia sont une évidence flagrante, même si nous avons du mal à l’accepter. Au lendemain de la scission, l’Espagne serait toujours l’Espagne, donc membre de l’UE, alors que la Catalogne serait une nouvel État qui ne pourrait s’y réintégrer qu’après avoir engagé une procédure formelle.

Néanmoins, ceci ne veut pas nécessairement dire que la Catalogne devrait rester un certain temps hors de l’UE. Entre le moment où l’indépendance serait décidée et le moment où elle deviendrait effective, l’Espagne et le futur État engageraient des négociations concernant un large spectre de questions pratiques, comme la destination des fonctionnaires espagnols travaillant en Catalogne et la répartition de la dette publique espagnole, entre autres. En ce qui concerne l’Écosse, il a été prévu une durée de dix-huit mois entre ces deux moments. Dans les deux cas, il y aurait des négociations parallèles avec l’UE autour de l’adhésion des deux nouveaux États. Comme nous allons le voir, l’intérêt de toutes les parties étant la réadmission et celle-ci ne comportant aucune difficulté du fait que la Catalogne et l’Écosse appliquent la législation communautaire depuis des décennies, cette réadmission aboutirait à la fin de la même période. Par conséquent, sauf veto de l’Espagne à l’adhésion de la Catalogne, celle-ci serait membre à part entière de l’UE dès la première minute de son existence.

L’Espagne opposerait-elle son veto à l’adhésion de la Catalogne ? Il y a d’un côté ceux qui pensent que c’est une certitude ; de l’autre côté ceux qui croient que c’est improbable. S’agissant d’une question strictement politique, il n’est pas possible d’après moi de faire des prédictions fondées. La prudence conseille donc de se placer dans le scénario où l’Espagne (ou un autre État), pour des raisons de politique interne, opposerait son veto à l’adhésion de la Catalogne à l’Union européenne. Dans ce cas, la Catalogne resterait sine die non-membre de l’UE. Néanmoins, ceci n’impliquerait pas la rupture des relations avec elle en raison de l’intervention de trois puissants acteurs, qui imposeraient leur volonté à une Espagne faible (elle dépend du financement européen) et à une Catalogne extrêmement faible (un nasciturus plein d’entrain et d’allégresse, mais sans réelle d’influence internationale).

Le premier groupe d’acteurs serait constitué par les sociétés ayant des intérêts industriels et financiers en Catalogne : de Volkswagen à Solvay en passant par Repsol et Inditex, ainsi que des établissements bancaires tels que BBVA et Santander. Cette formidable armée d’intérêts mobiliserait les différents États d’origine, afin d’imposer le maintien de la libre circulation de marchandises, personnes et capitaux dès la première minute. Le contraire serait un vrai cauchemar pour ces acteurs. L’adhésion de la Catalogne à l’espace Schengen – permettant d’éviter aux routiers qui transportent des pièces pour l’usine de Nissan-Renault ou des cartons d’Ariel pour les marchés européens, d’être arrêtés à la frontière au milieu d’une longue queue de touristes, pour vérifier qu’il ne sont pas des terroristes – serait une consolation. Sur ce point, les Catalans sommes fortunés ; en effet, le maintien de la libre circulation de marchandises, personnes et capitaux est l’élément nécessaire pour empêcher que l’indépendance ne produise un impacte négatif sur la production, le commerce, l’emploi et le niveau de vie. Ainsi, la relation entre le nouvel État catalan et l’UE serait comparable, par exemple, à celle de la Suisse avec l’UE, moyennant un traité auquel l’Espagne ne pourrait pas opposer son veto (dans l’hypothèse où elle voudrait faire semblant de s’y opposer), la décision dans ce cas se prenant à la majorité des voix et non à l’unanimité comme c’est le cas pour l’adhésion.

Le second groupe d’acteurs serait constitué par les créditeurs de l’Espagne, qui mobiliseraient à leur tour leurs États respectifs pour tenter d’éviter que la scission ne mette en danger le remboursement de leurs crédits. Dans ce cas leurs intérêts ne nous favoriseraient pas, car ils imposeraient une répartition de la dette de l’État espagnol (près d’un million de millions d’euros) attribuant une quote-part maximale à la Catalogne, en l’estimant comme la partie la plus solvable. Ainsi, des trois critères habituellement empruntés par les économistes, c’est le P.I.B. (proche de 20%) qui serait utilisé, à moins de porter cette quote-part encore plus haut. Finalement, la Banque centrale européenne, soutenue par les deux autres groupes, imposerait un schéma de protection de la stabilité de l’euro, en neutralisant la possibilité d’une crise financière provoquée par la Catalogne. Elle s’opposerait aux deux solutions possibles : l’émission d’une nouvelle monnaie et « l’eurisation » (utilisation unilatérale de l’euro). En effet, de telles solutions sont trop fragiles : avec la première il pourrait y avoir des variations cambiaires qui produiraient des interférences dans les relations commerciales et financières ; avec la seconde, il pourrait se produire des crises de solvabilité. Par conséquent, la Catalogne se verrait imposer un traité d’union monétaire qui, contre acceptation de la cession du contrôle sur les variables macroéconomiques et la supervision financière, lui donnerait accès aux liquidités de la BCE. Comme le reste de conditions, l’euro nous serait imposé.

En résumé, si l’Espagne opposait son veto, la Catalogne naîtrait comme un État ne faisant pas partie de l’UE, mais qui utiliserait l’euro et serait sous la tutelle (intervenu, si on préfère) de celle-ci. Cette tutelle ne serait évidement pas destinée à protéger les Catalans, mais à défendre les intérêts de tous ceux qui ont des investissements en Catalogne, ainsi que les titulaires de la dette espagnole. Néanmoins, protéger ces intérêts passe par la case protection de la viabilité du nouvel État. Il s’agit là d’un scénario fort probable, d’abord parce qu’il satisfait tous les acteurs, y compris les citoyens catalans et les grandes sociétés espagnoles ; ensuite, parce qu’il constitue un mécanisme psychologique capable de permettre que l’opinion publique espagnole avale la couleuvre de la signature du traité d’indépendance de la Catalogne par ses représentants. Il faut donc y compter.

Traduction: Montserrat Vallribera

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