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Friday, 20 december 2013 | AFP, La Presse, Le Devoir

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La situation en Catalogne vue de France et du Québec

De Barcelone à Édimbourg (Le Devoir)

16 décembre 2013 | François Brousseau | Actualités internationales

En Europe, l’automne 2014 sera chaud sur le front des petites nations. Le Parti national écossais au pouvoir à Édimbourg depuis 2007 a convenu avec Londres des conditions de la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Écosse, le 18 septembre prochain.

Le gouvernement de David Cameron a accepté que les indépendantistes du premier ministre Alex Salmond coorganisent avec lui un référendum d’autodétermination. Il a cependant refusé que la « troisième voie » (une décentralisation poussée, mais sans séparation) soit soumise au choix des électeurs, ce qu’aurait voulu M. Salmond.

Pour Londres, les Écossais ont le droit de se prononcer sur leur appartenance au Royaume-Uni, mais uniquement sur la question claire et nette : « Dedans, ou dehors ? »

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À Barcelone, ça se passe plus mal. Le pouvoir central espagnol a promis de tout faire pour empêcher que se tienne une consultation semblable, pourtant annoncée jeudi dernier par le président catalan Artur Mas pour le 9 novembre prochain.

À Mas qui rendait publiques la date et les deux questions de son référendum (« Voulez-vous que la Catalogne soit un État ? Et si oui, doit-il être indépendant ? »), le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a répondu immédiatement : « Ce référendum est inconstitutionnel et il n’aura jamais lieu. » Entre Madrid et Barcelone, il y a du drame dans l’air.

Les responsables du Parti populaire qui dirige l’Espagne depuis 2011 — idéologiquement comparables aux éléments les plus durs du Parti libéral du Canada de Pierre-Elliott Trudeau face au nationalisme québécois — considèrent que les indépendantistes catalans sont dangereux, illégitimes, rétrogrades, et qu’il convient de leur opposer la détermination la plus farouche.

Seulement, à la différence de Madrid, Ottawa a quand même laissé les indépendantistes organiser deux référendums, avant d’intervenir tardivement pour limiter la portée de futures consultations (la fameuse « loi sur la clarté » de 2000, qui compte énormément d’admirateurs parmi les centralisateurs espagnols).

Car le pouvoir actuellement en place à Madrid — épaulé par un Tribunal constitutionnel qui a invalidé en juin 2010 des pans entiers de l’Estatut catalan d’autonomie de 2006 — cherche à diminuer le plus possible les prérogatives des régions d’Espagne.

La droite espagnole, centralisatrice, ultranationaliste à sa manière, est allergique à l’idée même d’une nation catalane, avec sa langue, son gouvernement, son dynamisme social et économique propres. Au fond, cette droite, héritière du franquisme (Francisco Franco, dictateur de 1939 à 1975), n’a jamais digéré la décentralisation votée en 1978 par les partis de centre et de gauche, dans la première Constitution post-dictature.

Cette curieuse décentralisation, non fédérale, qui créait des autonomies régionales non dotées du statut d’État, la droite madrilène aimerait bien aujourd’hui la « détricoter ». Sauf qu’au même moment, les Catalans (et les Basques, dans une moindre mesure) voudraient, eux, accéder au statut d’État, qu’il soit indépendant ou fédéré.

Les sondages en Catalogne donnent actuellement entre 40 et 50 % à l’indépendance, mais plus de 70 % à l’idée d’un État. Et encore davantage de Catalans — 74 % selon une enquête du quotidien El Periódico de Barcelone publiée hier — réclament un référendum. Ce qu’ils ont aussi fait lors de manifestations spectaculaires, en septembre 2012 et septembre 2013.

Autrement dit, le droit à l’autodétermination, qui donne tant d’urticaire à Mariano Rajoy et à ses amis, fait largement consensus en Catalogne.

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Le retour spectaculaire, en 2014, des questions nationales en Europe — les cas écossais et catalan sont les plus visibles, mais ne sont pas les seuls — se produit dans le contexte d’une crise de l’État-nation, qui tend à perdre simultanément ses prérogatives vers le haut (Bruxelles, l’Union européenne) et vers le bas (les régions, les nations infra-étatiques).

Certains pouvoirs centraux réagissent en se braquant : c’est manifestement le cas à Madrid. D’autres, plus stratégiques, donnent du mou, décentralisent, et coopèrent même à l’organisation d’un référendum sur la séparation. C’est le cas à Londres face au défi écossais… même si cela ne permet nullement de préjuger de la « gentillesse » de l’Angleterre au lendemain d’un hypothétique « oui » à l’indépendance !

Loin d’être des archaïsmes dans un monde en bouleversement, les craquements en provenance d’Édimbourg et de Barcelone nous font voir un monde qui, entre décentralisation et unification, n’a pas fini de s’ajuster. La modernité politique et l’interdépendance au XXIe siècle s’inventent sous nos yeux.

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada.




La démocratie espagnole en jeu (La Presse)
16 décembre 2013
Yanic Viau

Après des mois de négociations difficiles (certains diront de tergiversations), quatre des six partis politiques représentés au Parlement de Catalogne, totalisant 85 des 115 députés, viennent de s'entendre sur la date et le libellé de la question qui sera soumise aux Catalans à l'occasion d'un référendum sur l'avenir politique de cette région espagnole.

Le 9 novembre 2014, les Catalans seront appelés aux urnes afin de se prononcer sur une double question, à savoir: «Voulez-vous que la Catalogne devienne un État?» et si oui, «Voulez-vous qu'elle soit un État indépendant?». Le président catalan Artus Mas (du parti de centre-droit Convergence et Union, à la tête de la coalition gouvernementale) en a fait l'annonce le 12 décembre dernier.

Une nouvelle étape est donc franchie dans un processus qui découle de la tentative avortée, entre 2005 et 2011, de réformer le statut d'autonomie accordé à la Catalogne en 1979 dans le cadre de la constitution espagnole.

En 2005, un projet de réforme de ce statut d'autonomie visant à accorder davantage de pouvoir à la Catalogne, notamment au plan fiscal (celle-ci ne bénéficie pas de son propre impôt sur le revenu), avait en effet été adopté par le parlement catalan. C'est toutefois une version diluée de ce projet qui a été soumise et approuvée par référendum en juin 2006 par 78% des électeurs. Cela n'a toutefois pas empêché l'invalidation de 14 de ses articles par le Tribunal constitutionnel (la Cour suprême espagnole).

L'importante mobilisation populaire qui a lieu depuis lors - comme la manifestation d'un million de Catalans dans les rues de Barcelone le 10 juillet 2010, ou encore la chaine humaine de 400 km déployée du nord au sud de la Catalogne le 11 septembre 2013 - vise aujourd'hui l'indépendance, devant le constat d'échec de la voie autonomiste.

Toutefois, selon un sondage réalisé en octobre 2013 pour le compte du quotidien barcelonais El Periódico de Catalunya, 40% des Catalans se déclarent favorables à l'indépendance, alors que 40,3% souhaiteraient davantage de pouvoir pour la Catalogne sans rompre les liens avec l'Espagne.

La répartition à égalité entre partisans de l'indépendance et ceux d'une plus grande autonomie politique n'est pas la seule difficulté qui attend les organisateurs du référendum de 2014. Le jour même de l'annonce de la date de celui-ci, le président espagnol Mariano Rajoy (Parti populaire) a annoncé que celui-ci «n'aura pas lieu», puisqu'il est «illégal», étant donné qu'il contrevient à la constitution espagnole qui affirme «l'indissoluble unité de l'Espagne». Un référendum portant sur la question envisagée est donc à ses yeux «hors de toute discussion et négociation».

Avec la tenue consécutive de référendums sur l'indépendance en Écosse (18 septembre 2014) et en Catalogne (possiblement le 9 novembre 2014), l'Europe connaitra-t-elle donc un «automne chaud» en 2014? Le gouvernement de M. Rajoy, fort de l'appui d'une opinion publique espagnole fermement opposée à l'idée d'un référendum en Catalogne, va tout mettre en oeuvre pour empêcher celui-ci d'avoir lieu. Un scénario extrême - mais pas impossible - serait la suspension par Madrid de l'autonomie de la Catalogne, comme le lui permet la Constitution en cas de force majeure, une option sur laquelle le président Rajoy évite pour l'instant de se prononcer.

Force est de constater le caractère encore fort incertain du référendum de novembre 2014. La mobilisation des citoyens catalans au cours de la prochaine année en faveur de ce dernier sera cruciale. Sera-t-elle suffisante? Au-delà des positions favorables et défavorables à l'indépendance de la Catalogne, ce n'est rien de moins que le caractère démocratique de l'État espagnol qui est en jeu.

YANIC VIAU L'auteur est professeur d'histoire au cégep du Vieux-Montréal





En Catalogne, compte à rebours vers le référendum d’indépendance (AFP)

13 décembre 2013 

«Au moins, nous avons une date. Nous devons voter pour savoir ce que veulent vraiment les Catalans», lance Neus Munter, une universitaire de 21 ans, alors que débute le compte à rebours qui doit mener la Catalogne vers un référendum sur son indépendance.

Cette jeune Barcelonaise est sûre de ses convictions, comme une large partie des 7,5 millions d’habitants de cette région du nord-est de l’Espagne, qui par centaines de milliers avaient formé, le 11 septembre, une chaîne humaine du nord au sud de la région du nord-est de l’Espagne, pour réclamer l’indépendance.

«Je n’ai aucun doute. Je voterai pour l’indépendance», ajoute la jeune femme, dans la foule qui déambule sur le Paseo de Gracia, l’une des artères centrales de la capitale catalane où s’élèvent certains des immeubles les plus célèbres de l’architecte Antoni Gaudi.

Quelques kilomètres plus au nord, à Badalona, une ville de banlieue qui accueille une importante population immigrée et venant d’ailleurs en Espagne, Trifo Vilamoreno affiche une opinion diamétralement opposée sur le projet de référendum annoncé jeudi par le président de la région, le nationaliste Artur Mas.

«C’est inconstitutionnel, illégal. Cela ne peut pas se faire», affirme catégoriquement ce volontaire d’une ONG âgé de 23 ans.

Après plus d’un an de conflit ouvert entre la région et le gouvernement central de Madrid, Artur Mas a jeté une bombe jeudi en fixant la date du 9 novembre 2014 pour le référendum promis et en annonçant la question, qui sera double:

»'Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat ? Oui ou non ?' sera la première question. Et si la réponse est 'oui', 'Voulez-vous que cet Etat soit indépendant' sera la deuxième», a déclaré Artur Mas.

Le chef du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, a immédiatement réagi depuis Madrid, assurant que ce vote, qu’il juge inconstitutionnel, «n’aura pas lieu».

«Il y a beaucoup d’immobilisme. Ils sont enfermés dans des histoires du passé. Constitution et Constitution, ils ne parlent de rien d’autre», se désolait vendredi Antonio Gracia, un retraité de 72 ans.

«S’ils voulaient, ils pourraient changer la Constitution. Mais ils n’ont pas envie», renchérit Vanessa Galan, une informaticienne de 37 ans, pendant qu’elle déjeune avec une collègue en terrasse dans le centre de Barcelone.

Autour d’elles, plusieurs «esteladas», le drapeau indépendantiste catalan, sont accrochées aux balcons des immeubles. Une image de plus en plus répandue à Barcelone et encore plus courante dans les villages. «Ils devraient autoriser le vote car sinon le problème sera encore plus important», ajoute-t-elle, précisant qu’elle votera contre l’indépendance.

Comme elle, nombreux sont ceux en Catalogne qui soutiennent la tenue d’un vote sans forcément être pour l’indépendance, une perspective qui récolte environ la moitié des voix dans les sondages.

Ainsi, 81,8% des personnes interrogées dans une enquête commandée par la radio en catalan Rac1, numéro 1 par l’audience dans la région, étaient ainsi en faveur de l’organisation d’un référendum.

Dans cette région qui revendique fièrement son identité culturelle et sa langue, le malaise est monté depuis que la droite espagnole a remis en cause le statut d’autonomie élargie voté par le Parlement catalan en 2006, jusqu’à la décision du Tribunal constitutionnel qui, en 2010, en a supprimé certains articles.

Une marée humaine était alors descendue dans les rues de Barcelone pour demander une plus grande autonomie.

La crise qui a éclaté en 2008 s’est ajoutée à ce malaise: ployant sous une lourde dette, la Catalogne a progressivement perdu sa position de moteur économique de l’Espagne. Elle reproche à Madrid une répartition injuste des richesses et son refus de lui accorder une autonomie fiscale élargie.

Lors des deux dernières «Diada» (Jour de la Catalogne), des centaines de milliers de manifestants sont de nouveau descendus dans la rue, mais cette fois pour réclamer l’indépendance.

AFP


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