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Monday, 29 september 2014 | Diari ARA

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Sept leçons écossaises (Ferran Sáez Mateu, Diari ARA)

Si David Cameron n’avait pas autorisé la célébration de ce référendum, le Royaume-Uni serait en ce moment beaucoup plus faible. Cette incertitude est bien sûr supportable à court terme ; par contre, elle n’est pas viable à long terme.

Si la consultation catalane ne peut pas avoir lieu, l’Espagne perdra tôt ou tard légitimité démocratique et crédibilité internationale. Ça ne semble pas une bonne affaire.

La solution simple et civilisée consiste à savoir combien de gens pensent une chose et combien en pensent une autre, puis prendre une décision conforme à la volonté de la majorité. On appelle cela la démocratie.



Sept leçons écossaises

Par Ferran Sáez Mateu, directeur du Centre d’études pour les questions contemporaines (CETC) de la Generalitat de Catalunya ; docteur en philosophie et professeur de sciences de la communication à l’université Ramon Llull.

Publié dans le quotidien ARA, le 23/09/2014

1. Les Écossais ont finalement voté non, en partie parce que le gouvernement britannique leur avait donné la possibilité de voter oui. À première vue, cela peut sembler paradoxal, mais ça ne l’est pas. Il est fort différent de percevoir chez le pays dont on veut se séparer une attitude démocratique, voire cordiale, que de le sentir comme une prison. Je crois que beaucoup de gens ont pensé : « Je dirai non parce que j’apprécie de vivre dans un pays qui me permet de dire oui ». Ce n’est pas un contresens. C’est de la pure logique. Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol, agit de manière diamétralement opposée. La conclusion qui en découle semble claire : avec cette dynamique, le oui à l’indépendance va continuer de croître inéluctablement en Catalogne. Les gens peuvent voter non dans un pays qui permet de voter oui ; mais les gens ne tolèrent pas qu’il ne leur soit pas permis de voter. C’est bien plus que de la politique : c’est une question de dignité. Passons à la deuxième leçon.

2. Si 55% des Écossais ont voté non c’est parce que, malgré les frictions et les différends qui les opposent au gouvernement de Londres, ils ont toujours été reconnus comme nation dans la sphère des symboles. Lorsque l’Angleterre et l’Écosse disputent un match de rugby, sur le terrain il y a toujours deux pays à égalité de conditions, et non pas une nation véritable face à une nation illusoire. En général, à différence de l’identité espagnole, l’identité britannique ne vous soumet pas, ne vous oblige pas à cesser d’être ce que vous êtes. C’est une autre raison du triomphe du non et, justement, ce n’est pas d’une raison accessoire.

3. Je vais exposer maintenant un concept ascientifique auquel je crois fermement : celui de l’instinct collectif des classes moyennes apparu après la Deuxième Guerre mondiale. Les conséquences de cette catastrophe avaient pourvu les sociétés européennes occidentales de la capacité de distinguer les aventures qui valaient la peine de celles qui ne menaient nulle part ; de ne pas confondre l’effort qu’il fallait faire au nom des générations futures avec l’effort qui finirait par les léser. Les mêmes motifs qui ont fait gagner le non en Écosse feront gagner le oui en Catalogne : les classes moyennes pressentent que le risque, ici, réside dans le fait de ne pas bouger de la situation actuelle.

4. Le vote des personnes est important. Mais lors d’un référendum, outre les urnes, il y a des réceptacles invisibles où déposer la peur que suscitent les marchés, les menaces tacites des leaders d’autres pays, la manipulation des médias ou nos incertitudes individuelles. Il est probable que ces autres urnes aient pesé davantage, bien davantage que les premières. La démocratie n’est jamais exercée dans un contexte abstrait et immatériel, mais bien au beau milieu de la réalité. Les votes font évidemment partie de cette réalité, mais à eux seuls ils sont insuffisants pour changer le cours des choses.

5. Si David Cameron n’avait pas autorisé la tenue de ce référendum, le Royaume-Uni serait en ce moment beaucoup plus faible. Cette incertitude est bien sûr supportable à court terme ; par contre, elle n’est pas viable à long terme. C’est justement cela que le gouvernement espagnol ne comprend pas. L’opposition à la volonté politique de la majorité d’un pays et de son Parlement, basée sur des interprétations restrictives et même biaisées de la loi, peut permettre de parer le premier coup mais ne sert pas à gagner la partie. Si la consultation catalane ne peut pas avoir lieu, l’Espagne perdra tôt ou tard légitimité démocratique et crédibilité internationale. Ça ne semble pas une bonne affaire.

6. Dans ce genre de questions, l’Union européenne (UE) est d’un parti pris sans ambiguïté, explicite, clarissime. Par conséquent il est totalement inutile de perdre du temps à suivre encore cette voie. C’est un investissement qui ne donnera jamais de fruits. Si l’UE s’est opposée à l’indépendance de l’Écosse, ouvertement et sans complexes, malgré la scrupuleuse légalité du procès, il ne faut pas déployer beaucoup d’imagination pour deviner quelle sera son attitude à l’égard de la Catalogne. Quoi qu’il en soit, la conclusion est plus complexe. Nous pouvons la réduire à deux questions : a) est-ce qu’il nous faut avoir des alliés, nous les Catalans ? Oui, sans doute, inévitablement ; b) les trouverons-nous au sein de l’UE, ces alliés ? Je suis convaincu que nous n’en trouverons pas ; ce sera plutôt le contraire.

7. L’Écosse nous a donné encore une septième leçon : les argumentaires politiques ont un parcours limité, ils ne nous font pas facilement changer d’opinion. Il y a une multitude de choses qui peuvent être accordées rationnellement et par consensus, mais d’autres pas. S’agissant du second cas, il semble sensé d’arrêter le gaspillage de salive dans des appels confus à la Guerre de Succession ou à la nature du calcul des balances fiscales : nous ne nous mettrons d’accord ni maintenant ni jamais. La solution simple et civilisée consiste à savoir combien de gens pensent une chose et combien en pensent une autre, puis prendre une décision conforme à la volonté de la majorité. On appelle cela la démocratie.


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