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Wednesday, 10 december 2014 | ARA

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Catalogne/Espagne : un différend entre deux nations

L’auteur de l’article, Suso de Toro, est un écrivain espagnol de langue galicienne. Il collabore également avec la presse, la radio et la télévision.



Publié par le journal catalan ARA, le 21 novembre 2014  

Suso de Toro (adapté)


Les différends entre la Catalogne et l’Espagne, multiples et de nature variée, pourraient a priori trouver des solutions politiques, mais ils seront difficilement résolus parce que le dialogue est impossible.

Les rapports de force sont clairs. L’Espagne, c’est l’État, avec tous ses pouvoirs et tous ses instruments. La Catalogne dispose bien d’une administration qui lui est propre, mais elle est limitée et conditionnée par l’État. La Catalogne est avant tout incarnée par ses citoyens. Bien au-delà de la force de l’indépendantisme dans la société, les sondages révèlent que la force de la Catalogne réside dans le fait que près de 90% de ses citoyens sont prêts à accepter l’issue d’un référendum, quelle qu’elle soit.

L’actuel bras de fer n’est facile pour aucune des deux parties, et il a un coût pour toutes les deux. Pour la Catalogne, bien sûr. Mais pour l’Espagne aussi, parce que le succès de la consultation symbolique du 9 novembre a provoqué perplexité et confusion au sein de la société espagnole, ainsi que des sentiments de colère et d’humiliation.

Si, pour gérer le conflit, on cherchait des médiateurs, ceux-ci seraient obligés de constater une évidence inattendue : au-delà des différends de nature économique et politique, l’Espagne et la Catalogne vivent deux moments historiques distincts.

Pour l’État, ce qui se passe en Catalogne est « un problème politique ». Les pouvoirs de la capitale ne comprennent pas la racine profonde et historique de la revendication nationale catalane parce que, l’ayant toujours niée volontairement et par intérêt, ils sont maintenant les victimes de cette ignorance voulue. Ainsi, même s’ils le voulaient, ils n’y comprendraient rien.

Cette incompréhension n’est pas le produit de la différence linguistique –à Madrid personne ne parle catalan ; mais en Catalogne tout le monde parle espagnol–, mais elle résulte du fait que les deux territoires semblent vivre deux moments historiques différentes. Ce qui pour l’État n’est qu’un nouvel épisode du problème politique espagnol (avec la fin accélérée du régime actuel) constitue pour une grande partie des Catalans un combat collectif pour l’existence historique de la Catalogne.

Ainsi, pour le gouvernement espagnol, la fonction de président de la Generalitat (le gouvernement autonome de la Catalogne) n’est qu’un poste de l’administration territoriale de l’État. Il n’en saisit pas le poids politique et est incapable de comprendre qu’Artur Mas puisse sérieusement se définir comme le cent vingt-neuvième président en exercice de cette institution remontant au XIIIe siècle. Le nationalisme espagnol, protégé par un État avec son idéologie et ses rites, croit que les Catalans sont poussés par de simples intérêts financiers, que leur langue est une ringardise sans valeur. Une ex-ministre socialiste a ainsi récemment affirmé que « le catalan ne sert à rien ». Ils ignorent de ce fait le poids de l’Histoire.
Madrid, et donc l’Espagne, ne connaît pas et ne comprend pas la force de la mémoire historique chez les peuples sans État. Alors que certains épisodes de l’Histoire de ces peuples sont au moins aussi réels que les épisodes invoqués sans cesse par le nationalisme espagnol, tels que les Rois catholiques et les soi-disant cinq siècles « d’unité nationale »espagnole, ou la glorieuse et exemplaire Transition démocratique, notre mythe le plus récent.

La bataille pour l’Histoire est essentielle dans tout processus de construction nationale. Elle l’a été pour les historiens catalans, basques et galiciens, mais elle l’a été tout autant pour les historiens nationalistes espagnols. Le nationalisme espagnol, qui a vocation à exercer le monopole de la mémoire, a été inculqué par l’école à des générations d’Espagnols. Il est encore présent à l’école mais, surtout, au sein des partis politiques espagnols, au gouvernement et dans les médias de Madrid, imperméables à toute autre langue que l’«espagnol» (le castillan) ou l’anglais. Les autres cultures nationales de l’Espagne ont été confinées dans leurs territoires respectifs, de sorte que la population espagnole n’a jamais connu qu’une langue unique et une nation unique. C’est parce que l’existence des Catalans est devenue une évidence impossible à nier que certains commencent à évoquer un fédéralisme dont personne il y a quelques mois ne voulait entendre parler à Madrid.

Le président socialiste José-Luís Rodriguez Zapatero avait bien fait une dernière tentative pour actualiser une Constitution pratiquement caduque, en acceptant le nouveau Statut d’autonomie de la Catalogne, mais la droite espagnole a immédiatement mobilisé le nationalisme espagnol pour rejeter ce texte. Ce rejet se nourrissait d’un ingrédient essentiel du nationalisme espagnol : l’anti-catalanisme. Franco est mort en 1975 et depuis près de quatre décennies rien n’a été fait pour faire connaître à la population espagnole l’existence de cette diversité culturelle et nationale. Pendant toute cette période, l’idéologie nationaliste espagnole a continué de régner.

L’organisation terroriste basque E.T.A. avait été le catalyseur d’une union du nationalisme espagnol. Depuis quatre ans, c’est la Catalogne qui sert à unir les Espagnols. Il s’agit d’une perversion de la vie publique, car l’union se fait contre un ennemi intérieur et non pas sur la base d’un projet commun visant à l’intégration de tous.

La société catalane se mobilise pour un projet clair et plausible : la souveraineté, l’indépendance, la création d’un État catalan. L’Espagne n’a aucun projet collectif, ingrédient pourtant indispensable pour commencer à parler de nation. Au-delà de l’équipe espagnole de football, l’Espagne est en réalité un État sans essence nationale tandis que la Catalogne est une nation sans État.

Alors, tant que l’Espagne sera incapable de changer sa culture nationale à l’égard de la Catalogne ou de ses autres nations intérieures, la seule solution sera de « se supporter », comme l’avait dit dans les années 30 un célèbre intellectuel espagnol. Mais, pour se supporter, il faut pouvoir négocier d’égal à égal. Il faudra bien qu’ils s’y mettent, même à contrecœur.  
 
 
Traduction de M. Vallribera
Adaptation de Patrick Roca




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