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Tuesday, 26 may 2015 | LA TRIBUNE

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Catalogne: les indépendantistes restent en position de force



LA TRIBUNE
 
26-05-2015

ROMARIC GODIN

A quatre mois d'élections régionales cruciales pour l'avenir de la Catalogne, les élections municipales du 24 mai ont-elles enterrés les espoirs des indépendantistes? C'est ce que laisse penser l'élection phare de cette journée, celle de la mairie de Barcelone où l'alliance menée par Ada Colau, regroupant le parti anti-austérité Podemos et l'alliance de gauche ICV-EuiA, a devancé avec 25,21 % des voix le parti régionaliste Convergencia i Unió (CiU) qui n'obtient que 22,72 % des voix. La défaite est cuisante pour Artur Mas, le président de la CiU, qui est aussi le chef du gouvernement régional, la Generalitat. Or, Artur Mas est, depuis 2010, une des grandes figures de l'indépendantisme catalan. Après avoir maintenu le 9 novembre dernier le « référendum » consultatif sur l'indépendance, il a lancé, en janvier, l'idée d'élections «plébiscitaires», autrement dit centrée sur la question de la séparation avec l'Espagne. Mais cette défaite de la CiU est-elle une défaite plus générale du camp indépendantiste ? Podemos et ses alliés sont en effet de fervents défenseurs du « droit à décider » pour les Catalans, mais ils sont opposés à l'indépendance.

Les indépendantistes en tête
Une observation détaillée des résultats  permet d'y voir plus clair. L'élection de Barcelone pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt. L'ensemble des quatre partis ouvertement indépendantistes (CiU, la gauche indépendantiste d'ERC, l'extrême-gauche de la CUP) rassemblent 1.425.447 voix, soit 46,73 % des suffrages exprimés. Les partisans de l'unité avec l'Espagne (Parti socialiste catalan, Podemos et leurs alliés, Ciudadanos et Parti populaire) rassemblent, eux, 1.330.818 voix, soit 43,7 % des suffrages exprimés. Or, en 2011, le camp indépendantiste avait recueilli &.097.717 voix, soit 40,02 % des suffrages exprimés, tandis que les partisans de l'union avec l'Espagne avaient cumulé 1.362.019 voix, soit près de 49,53 % des suffrages exprimés. Autrement dit, les partis favorables à la rupture avec Madrid ont gagné en quatre ans 338.000 voix et 4,5 points de pourcentage, tandis que les unitaristes se sont maintenus en voix et ont perdu près de 6,3 points de pourcentage.

Ces données brutes doivent cependant être prises avec précaution dans la mesure où les élections municipales ne traduisent pas forcément les sentiments des électeurs sur la question de l'indépendance. Dans certaines municipalités, seules des listes locales apolitiques se présentent. Par ailleurs, au sein de certains partis, comme ICV-EuiA, les alliés de Podemos, ou même la CiU (qui est une coalition entre le parti d'Artur Mas, franchement indépendantiste, et les démocrates-chrétiens, plus régionalistes), les sentiments vis-à-vis de l'indépendance sont contrastés. Ceci explique aussi l'écart entre les votes en faveur du camp indépendantiste et les 1,82 million de « oui » à l'indépendance du 9 novembre.

En réalité, ces élections municipales montrent une évolution dans les deux camps. La Catalogne a connu un net coup de barre à gauche, comme l'ensemble de l'Espagne. Les électeurs catalans ont aussi sanctionné les partis au pouvoir, comme les autres électeurs espagnols. Mais ces changements n'ont pas réellement affecté les rapports de force entre indépendantistes et unionistes, qui, depuis 2010, sont marqués par la poussée des premiers.

Evolution à gauche du camp indépendantiste
Ainsi, le recul de la CiU s'explique par l'usure du pouvoir, la politique d'austérité, les divisions internes et l'impact des scandales de corruption qui ont frappé l'ancien « homme fort » de la Catalogne, Jordi Pujol, ex-président de la CiU. Ce recul est cependant plus que compensé par la poussée de la gauche indépendantiste : les sociaux-démocrates d'ERC passent de 8,98 % à 16,40 % des suffrages exprimés, tandis que l'extrême-gauche de la CUP fait plus que tripler son score en passant de 2,16 % à 7,14 % des suffrages exprimés. Autrement dit, l'indépendantisme catalan s'ancre de plus en plus dans une vision « de gauche », autour notamment de la défense de l'Etat providence contre un Etat espagnol devenu de plus en plus synonyme d'austérité. ERC et CUP ont, dimanche, obtenu ensemble près de 50.000 voix de plus que la CiU. En 2011, ils en avaient 500.000 de moins ! Ceci signifie également que, le 27 septembre, les électeurs de Podemos et de lCV-EuiA pourraient être tentés également par un vote indépendantiste.

Un camp unioniste très divisé
Dans le camp unioniste, le fait marquant est la double dégringolade des partis « nationaux » par rapport à 2011 : parti socialiste (PSC) et parti populaire (PP). L'opposition féroce de ces deux partis depuis Madrid au processus d'autodétermination catalan n'est sans doute pas pour rien dans cette chute qui atteint huit points pour le PSC et cinq points pour le PP. Cette chute est en partie seulement compensée par la montée de Ciudadanos (7,43 % contre 1,22 % en 2011), une formation qui a mis beaucoup d'eau dans son vin unioniste. Mais le parti centriste peut être déçu. D'origine catalane, il ne parvient pas réellement à percer dans sa propre région. L'autre gagnant du camp unioniste, c'est la coalition électorale menée par Podemos, qui a obtenu 11,8 % des voix, mais qui regroupe les partis de gauche ICV-EuiA qui, en 2011, avait mobilisé 8,98 % des suffrages. La hausse est donc sensible, mais pas déterminante pour faire avancer le camp unioniste. Or, précisément, Podemos était un des principaux obstacles pour l'indépendance en représentant une alternative de gauche pour l'Espagne.

L'indépendance se gagne à gauche
Au final, l'indépendantisme catalan apparaît comme le vainqueur de ce scrutin municipal. Rien ne permet de dire si, le 27 septembre, il en sera de même. L'évolution interne de CiU et le comportement d'ICV-EuiA restent des éléments déterminants et encore incertains. Il faudra également savoir si ces élections seront réellement « plébiscitaires » alors qu'à Barcelone, Ada Colau a commencé des discussions pour gouverner avec l'ensemble de la gauche, ERC et CUP comprise. Mais ce scrutin du 24 mai a permis de clarifier certains éléments : l'indépendantisme demeure fort en Catalogne et prend une couleur politique de gauche de plus en plus marqué. C'est donc désormais sur la capacité des unionistes à convaincre que l'Espagne peut maintenir et développer l'Etat providence que va jouer la question de l'indépendance de la Catalogne.


Foto: elsingular.cat
 


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