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Sunday, 7 may 2017 | LE TEMPS

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Artur Mas, président déchu

Président de la Catalogne pendant six ans, Artur Mas a été condamné à 2 ans d’inéligibilité pour avoir organisé un référendum consultatif d’autodétermination. Un temps messianique, le leader conservateur attend désormais «en seconde ligne pour la République»


LE TEMPS
 
Adrià Budry Carbó
 
01-05-2017.-
 

Dans le hall de l’hôtel où il nous reçoit, Artur Mas a la mine de ceux qui sont tombés de haut. Fatigué par une tournée européenne qui l’aura amené à prêcher la cause indépendantiste à Bruxelles, Paris et Genève, l’ancien président de la Catalogne (61 ans) confesse une certaine lassitude envers la politique politicienne – une expression qu’il préférera traduire par «petita politica» – et les démagogues en tout genre, des défenseurs du Brexit à l’extrême gauche catalane, qui avait promis un référendum sur l’austérité financière.

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Président de la Generalitat – le pouvoir exécutif – de 2010 à 2016, Artur Mas a été condamné à 2 ans d’inéligibilité pour avoir organisé un référendum consultatif sur l’avenir de la Catalogne. C’était à la mi-mars, l’amertume ne l’a pas quitté: «Je vais continuer à faire l’ancien président. Ça, au moins, ils ne peuvent pas me l’enlever.» Avant de retrouver de sa superbe au fil de la discussion: «La condamnation est dure: on est dans le pénal. Au-delà de mon sort, ce qui choque, c’est la manière dont le gouvernement espagnol se sert de la justice pour faire de la politique.»
Une Espagne «indissoluble»

Outre Artur Mas, trois politiciens ont été condamnés pour avoir posé des urnes en carton dans les écoles catalanes le 9 novembre 2014. La réponse de Madrid est cinglante: «La consultation n’a pas eu lieu.» Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, parle de «simulacre électoral», organisé par «ceux-là mêmes qui souhaitent l’indépendance». Impossible pourtant d’organiser un véritable référendum, la Constitution espagnole mentionnant «l’indissolubilité» de l’Espagne. Vu de Catalogne, ce texte de 1978 ne représente plus les espaces de liberté de la transition démocratique mais est devenu un outil au service de l’ancien régime.

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Artur Mas, issu d’une grande famille industrielle catalane, est de ceux qui se sont convertis sur le tard à l’indépendantisme. Par «pur opportunisme politique», disent ses détracteurs. Il réfute, invoquant l’histoire: «Jamais auparavant un parti politique n’avait adopté une stratégie de rupture avec Madrid. Tous se sont concentrés sur le développement de l’autonomie catalane au sein de l’Espagne.»

Ni Bolivar ni Bismarck

Retour en arrière. En 1918, Niceto Alcala-Zamora – qui deviendra président de la IIe République espagnole – demandait au chef de la Ligue régionaliste catalane de «choisir entre être le Bolivar de la Catalogne ou le Bismarck de l’Espagne». Un siècle a passé, il n’y aura eu ni l’un ni l’autre.

Peu importe le régime politique: depuis 1873, il n’y aura pas eu un seul chef d’Etat espagnol originaire de Catalogne. Francesc Pi i Margall – le père du fédéralisme à l’espagnole – aura tenu un mois et sept jours. Faute de Bismarck, reste la tentation Bolivar: «Nous avons travaillé pour rendre l’Espagne plus démocratique, plus riche. Et qu’est-ce que nous avons eu en retour? Le «fait catalan» reste une monnaie d’échange et de conflit. La Catalogne a eu un président d’origine andalouse, l’Espagne n’est pas près d’élire un Catalan.»

Le dauphin de De Gaulle

Face à l’impasse référendaire, Artur Mas convoque des élections anticipées fin 2015. Objectif: un plébiscite des partis, réunis dans une coalition, prêts à s’engager dans la voie indépendantiste. Un coup de poker qui tourne mal pour le leader conservateur. L’extrême gauche ne veut plus de lui à la tête du gouvernement. Il est alors forcé de «faire un pas de côté», laissant la place à son camarade de parti Carles Puigdemont, alors peu connu en dehors de son fief de Gérone.

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C’est là tout le drame d’Artur Mas. Figure politique majeure depuis quinze ans, le leader conservateur est toujours mal-aimé de larges secteurs de l’électorat catalan. Par trois fois, les alliances politiques auront eu raison de sa candidature, pourtant majoritaire. Il rit jaune: «Je me suis présenté six fois aux élections, j’ai gouverné six ans. C’est peut-être un record.»

La faute peut-être à son héritage politique. Au tournant du millénaire, le «père» de la Catalogne post-franquiste Jordi Pujol (vingt-trois ans de règne pour cinq mandats) convoque son conseiller Artur Mas et lui dit comme de Gaulle à Pompidou: «Je vous veux en deuxième ligne pour la République [en français dans le texte, ndlr].» Inévitablement, la chute du mentor âgé de 87 ans – qui a notamment admis avoir dissimulé au fisc sa fortune familiale – et les soupçons qui pèsent sur le financement de son parti auront inspiré une envie de renouvellement auprès d’une partie l’électorat.

Le sens de l’histoire

On a beaucoup jasé sur le côté messianique de la campagne électorale d’Artur Mas. A Madrid, les chroniqueurs politiques le disent obsédé par la notion de «transcendance», l’image que l’histoire retiendra de lui, et raillent la complaisance de la presse catalane envers un leader qui a «dynamité» sa propre formation politique, Convergencia i Unio, dans le processus de rupture avec Madrid.

A Genève, le charme Artur Mas continue pourtant d’opérer. A l’issue de la projection du film Le Peuple interdit du réalisateur québécois Alexandre Chartrand, qui narre l’histoire du référendum de 2014, les spectateurs – Catalans dans leur majorité – feront la queue pour lui dire, un à un, «gracies president». Histoire de dire qu’après les deux ans d’inéligibilité, son avenir ne laisse guère de doute. «Un temps, tout le monde voulait être président. Il semble que ce ne soit plus le cas. Si on a besoin de moi, je me tiendrai prêt.» En deuxième ligne pour la République.
 
En dates

1956 Naissance à Barcelone, le 31 janvier.

1995 Ministre de l’Aménagement du territoire et des travaux publics dans le gouvernement de Jordi Pujol.

2010 Le Tribunal constitutionnel espagnol abroge une partie du statut d’autonomie catalan. Le déclic.

2010-2016 Elu président de la Generalitat, le pouvoir exécutif catalan. Deux mandats.

2014 Convoque un référendum consultatif sur l’indépendance de la Catalogne le 9 novembre.

2015 Faute de majorité absolue, se retrouve poussé hors du gouvernement par l’extrême gauche

2017 Est condamné en mars à 2 ans d’inéligibilité pour avoir organisé la consultation de 2014.


 


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