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Saturday, 9 june 2018 | LE FIGARO

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Mariano Rajoy, ou le syndrome autoritariste de la droite espagnole

Marc Crapez reproche à l'ancien chef du gouvernement espagnol, destitué vendredi par une motion de censure des parlementaires, sa gestion très rigide de la crise catalane.

Marc Crapez est chercheur en science politique associé à Sophiapol (Paris X). Il est l'auteur des Antagonismes Français (éd. du Cerf, 2017).



LE FIGARO
04-06-2018

Par  Marc Crapez
 
Victime d'une combinazione, Mariano Rajoy a tout de l'arroseur arrosé. Il a fait carrière au sein de son parti, puis s'est fait élire et réélire, jouant en grande partie sur la fibre anti-indépendantiste d'une partie de l'électorat à l'endroit de la Catalogne. Comme José Maria Aznar s'était pris à son propre piège en voulant faire une manip anti-basques, Rajoy révèle une sorte de syndrome de la droite espagnole qui ressemble à une tentation bonapartiste, sorte de diversion autoritariste où des agitations sécuritaires sont chargées de remédier à des carences gestionnaires. Le leader de la droite joue volontiers, au nom de la patrie en danger, le rôle de supplétif d'un centralisme obtus.
 
En effet, s'il a toujours existé une poignée d'irréductibles Catalans autonomistes, le problème de l'indépendance de la Catalogne est partiellement imputable aux initiatives politiciennes de Rajoy. La situation actuelle est la résultante d'un processus de polarisation et d'une montée aux extrêmes (jadis analysés, entre autres, par Paul Valéry ou Jacques Bainville). Une situation déséquilibrée sécrète un effet de balancier, quand ce n'est pas un effet boomerang. C'est parce que Rajoy a joué avec le feu et agité le chiffon rouge que s'est opérée une radicalisation et une coupure en deux camps irréconciliables.
 
Une chronologie s'impose. En 2006, un statut d'autonomie négocié par Zapatero est ratifié par le Parlement et par un référendum (74 %) catalans, ainsi que par les Cortès et par le Sénat espagnols. Mais en 2010, après quatre ans de tergiversations, le Tribunal Constitutionnel espagnol invalide le statut d'autonomie de la Catalogne et barre la route, par la suite, à une cinquantaine d'autres textes. Poussés dans leurs retranchements, les Catalans glissent de la revendication classique de “nation”, dont ils bénéficient, à celle “d'État souverain” en 2012. En 2014, un référendum (gagné à 80 %) promet un “État indépendant” ; score ramené à 50/50 au référendum de décembre dernier.

Rajoy collecte 4 millions de pétitionnaires, se fait élire et réélire en s'affichant comme garant de l'unité nationale. La lourde botte médiatique écrase la Catalogne de son mépris. Quelques nostalgiques grabataires du fascisme sont complaisamment filmés. Contre le spectre de cette oppression, on «soulève» les communautés gay et immigrée. Barcelone intra-muros rebascule contre l'indépendance et les sarcasmes pleuvent sur les bouseux alentour qui n'ont qu'à prendre leur indépendance catalane… sans le PIB de la mégalopole!

La cause catalane est pathologisée. En novembre 2017 Rajoy entend “récupérer la Catalogne démocratique”. Son ministre de l'Éducation, José Ignacio Wert, appelle à espagnoliser les jeunes Catalans. Soit dit en passant, il ne serait pas inutile d'espagnoliser Rajoy. Il enchaîne syntaxe incongrue et bizarreries discursives. Certaines de ses déclarations sont incohérentes. Par exemple: «L'Espagne est une grande nation et les Espagnols sont très espagnols et beaucoup d'Espagnols». Ou encore, butant sur une redondance ou une confusion: «Le pire est le mieux pour tout le monde et le pire pour tout le monde, le mieux». Enfin, confusion grotesque entre deux classes d'acteurs: «C'est le voisin qui choisit le maire et c'est le maire qui veut que les voisins soient le maire».

Un tel personnage est impopulaire auprès de la jeunesse. Y contribue l'affaire d'un SMS d'encouragement qu'il aurait adressé à un membre notoirement corrompu de son parti, Luis Bárcenas. Le parti populaire ne cesse de décliner. Cette impopularité va être renforcée par les récentes révélations de corruption. Après la monarchie, la droite. Ceux qui sont censés porter des valeurs morales les bafouent. Les indépendantistes se demandent donc si les accusations de corruption contre le prédécesseur de Puidgemont n'étaient pas un coup monté.
 
Pendant ce temps, le président de Volkswagen-Audi Espagne déclare qu'en cas d'indépendance il déménagerait à Madrid. Cette multinationale fait rêver les Espagnols, férus d'autos allemandes. À Barcelone, Rajoy fait donner sa police, en grande tenue anti-émeutes, voire antiterroriste (cagoulé). Pourtant, les Catalans ne posent pas de bombes et ne collectent pas l'impôt «révolutionnaire». Les manifestants sont en famille et agitent des petits drapeaux, ils ne sont pas ivres ni violents. Bafoués, exaspérés, ulcérés, ils se rabattent sur un culturalisme parfois de pacotille.

Face aux initiatives indépendantistes, Rajoy ne s'est montré ni habile dans le verbe, ni adroit dans l'action. Poussant ses pions avec un coup de retard, il a compromis la majesté de sa fonction de chef de gouvernement, à rebours du conseil de Mazarin selon lequel le Prince doit déléguer à des subordonnés les basses besognes et se réserver “pour des taches plus élevées”. L'Histoire, qui n'est pas écrite, donnera une prime à la cause qui l'emportera, mais le rapport de la droite espagnole aux indépendantismes demeure problématique.
 
 


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