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Thursday, 10 august 2017 | LE TEMPS

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Entre Madrid et Barcelone, la drôle de guerre économique

Officiellement, le gouvernement espagnol ne mène pas campagne contre le référendum catalan qui «n’aura pas lieu». Faute d’espace politique, la bataille s’est déplacée sur le terrain financier



LE TEMPS
 
Par ADRIÀ BUDRY CARBÓ
 
01-08-2017.-


«Le référendum, comme chacun sait, n’a pas eu lieu». Au lendemain de la consultation sur l’autodétermination de la Catalogne du 9 novembre 2014, le premier ministre espagnol Mariano Rajoy avait eu le souci de garder la question catalane, un «simulacre électoral», hors de la sphère politique.

Trois ans ont passé et la Catalogne organise un énième référendum d’autodétermination le 1er octobre. Sur le front politique, les positions de Madrid et de Barcelone n’ont pas bougé d’un iota. Officiellement, le parti au pouvoir, le Partido Popular, n’est pas entré en campagne contre une consultation dont il nie même la potentialité. Faute d’espace politique, la bataille s’est déplacée sur les terrains juridiques et financiers. Guide d’une campagne sous couverture.

Couper le robinet du crédit
Madrid tient à éviter à tout prix le référendum du 1er octobre. A tel point, que la capitale a menacé de couper la principale ligne de crédit de la région, le «Fondo de Liquidez Autonómica». Véritable nerf de la guerre, ce fonds de 3,6 milliards d’euros (ou 4,1 milliards de francs) permet de faire tourner les écoles et hôpitaux catalans. «Pas un seul euro des Catalans ne sera destiné à un référendum destiné à financer les velléités sécessionnistes de quelques-uns», déclarait Iñigo Méndez de Vigo, le ministre de l’Education espagnol, à l’issue de la réunion de cabinet de Mariano Rajoy le 20 juillet. Conséquence: la Generalitat, le gouvernement catalan, doit désormais envoyer, chaque semaine, un certificat attestant qu’aucune dépense n’a été effectuée en lien avec l’organisation d’un référendum considéré anticonstitutionnel par la justice espagnole.

Pression sur la dette publique

Le «Fondo de Liquidez Autonómica» a été créé en 2012, en pleine crise économique, afin de prêter de l’argent aux régions qui ne pouvaient pas lever de capitaux sur les marchés. La Catalogne, qui a reçu un total de 63 milliards d’euros, est alors la région la plus endettée d’Espagne. Mais, côté catalan, on continue à voir ce mécanisme comme une injustice: «Madrid perçoit 90% des impôts des Catalans puis nous prête de l’argent en percevant des intérêts. Avec l’excuse de l’austérité financière, ils ont limité notre autonomie», explique Joan Maria Piqué, porte-parole de la Generalitat.
 
En 2012, les autorités catalanes réclamaient un statut d’autonomie renforcé avec la possibilité de collecter leurs propres taxes, une prérogative dont bénéficie le Pays basque mais pas les autres régions d’Espagne. Fin de non-recevoir de Madrid qui, en cas de référendum, brandit la menace d’une expulsion des marchés financiers. «On n’a jamais vu un pays s’amputer d’une région pour la priver d’accéder à ses fonds. Pour ce faire, il faudrait d’abord que Madrid reconnaisse le vote indépendantiste», sourit Joan Maria Piqué.

La police entre au parlement

Le 20 juillet, la police militaire espagnole, la Guardia Civil, forçait l’entrée du parlement catalan et du siège de l’exécutif. Officiellement, les agents – sans uniformes mais masqués – investiguaient une affaire de financement illégal affectant le parti catalan au pouvoir. Mais le timing autant que le symbole interpellent. Pour Sébastien Farré, spécialiste de l’histoire contemporaine espagnole, l’intervention de la Guardia Civil est «logique car c’est elle qui s’occupe des questions financières. Mais l’image est très forte, elle rappelle les descentes contre l’ETA et les années de dictature. Du point de vue catalan, cela renforce le sentiment que Madrid est prêt à opposer la force.»

Saisie du patrimoine des politiciens
Au vu de la lenteur des instructions contre le processus indépendantiste, le Ministère public espagnol s’attaque désormais directement au patrimoine des dirigeants catalans. L’ancien président catalan Artur Mas – déjà condamné à deux ans d’inéligibilité politique pour «désobéissance» – et trois de ses ministres pourraient devoir payer solidairement 5,12 millions d’euros. Soit la somme présumée détournée des fonds publics pour acheter notamment des ordinateurs pour la consultation de 2014. «La sanction est dure car elle affecte directement le patrimoine personnel d’Artur Mas: sa maison, sa fortune (ndlr. estimée à 600’000 euros en 2015)», souligne Joan Maria Piqué, qui a été son porte-parole pendant son mandat.

A lire le portrait «Artur Mas: Président déchu»

Les ministres qui cosigneraient un document en lien avec la prochaine consultation sont prévenus. Ils pourraient eux aussi faire l’objet d’attaques personnelles. En juin, une procédure a été lancée contre deux fonctionnaires pour avoir signé un appel d’offre destiné à l’acquisition d’urnes électorales. Président de la Catalogne depuis janvier, Carles Puigdemont a remanié son gouvernement en conséquence. Trois ministres et le chef de la police locale ont été remplacés par des indépendantistes de la première heure, prêts à assumer tous les risques patrimoniaux du référendum.

Lire aussi le portrait «Carles Puigdemont, le boutefeu catalan»
 


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